Mike « varge » sur le marketing 1 – Les pubs mensongères de certaines institutions financières

En revenant du congé des Fêtes, rempli de tourtières et de dinde, je voulais parler de l’avantage de louer ou d’acheter une propriété (ne manquez pas cet article!). Cependant, j’ai changé d’idée après être tombé sur une publicité qui, comme tant d’autres, vante un produit qui peut sembler intéressant au premier coup d’œil.

Prenez garde, honnêtes gens! Même si les publicités du genre semblent envoûtantes, elles cachent souvent les détails essentiels qui peuvent transformer vos finances en cauchemar.

C’est ainsi que le billet qui suit portera sur la publicité Facebook ci-dessous. Je vous laisse la lire, et après, je la démolis en quelques points saillants. Notez que j’ai modifié la publicité un tout petit peu pour cacher le nom de l’entreprise.

Petite précision : ici, je donne mon opinion seulement sur le sujet et non pas un conseil financier. Je ne fais aucune recommandation quant à votre épargne. Il se peut que cette offre vous convienne (bien que j’en doute). Consultez toujours un professionnel financier indépendant avant d’acheter un produit.

Le problème avec cette publicité

C’est vrai que pour un compte d’épargne, 2,75 % (par année, il faut le préciser; la pub omet ce détail) est vraiment un bon taux. Par contre, j’ai pris le temps de parcourir les petits caractères que personne ne lit et j’ai pu avoir l’heure juste! Voici la première phrase qui apparaît lorsque nous cliquons sur la pub :

« Devenez nouveau client chez Société X d’ici le 9 janvier 2020 et profitez d’un taux d’intérêt de 2,75 %* pendant 6 mois** jusqu’à un maximum de 1 000 000 $† en ouvrant votre premier compte d’épargne. »

J’ai bien ri. En une seule phrase, nous retrouvons déjà TROIS notes de bas de page. Et avez-vous noté que le taux n’est valable que pour les six premiers mois? C’est une tactique classique des entreprises financières. Elles vous ensorcellent avec leurs belles offres, mais omettent volontairement les détails qui changent la donne. C’est un click bait, ou un piège à clics.

Mais au-delà de ce détail, qu’est-ce qui cloche au juste avec cette publicité?

1- Le taux après 6 mois n’apparaît nulle part dans la promotion

Mon conjoint et moi sommes traducteurs dans le domaine financier et nous avons l’habitude de chercher de l’information dans les sites Web des banques. Malgré nos connaissances, nous avons dû chercher ce taux inconnu un peu partout. Ça nous a pris quelques sacres et clics à l’extérieur de l’offre pour le trouver : 1,05 %… Imaginez maintenantune personne qui s’y connaît moins. Rendre les taux difficiles d’accès semble une tactique employée chez certaines banques.

Pouette pouette… On passe du taux magnifique (pour un compte d’épargne) à un taux famélique à la limite de l’insulte. Le taux initial arrive au coude à coude avec l’inflation annuelle (environ 2,6 %), mais le taux après six mois commence à vous faire perdre de l’argent. Pourquoi? J’applique le principe qu’un taux qui ne bat pas l’inflation annuelle n’est pas un bon taux, point à la ligne!

2- De l’intérêt élevé pour un compte d’épargne : pas toujours utile

Le compte d’épargne porte mal son nom en 2020. Premièrement, je ne vois pas le compte d’épargne comme un outil de placement à long terme. Dans mes propres comptes d’épargne, l’argent ne reste que quelques semaines ou quelques mois. L’apport en intérêt est presque nul. Deuxièmement, le compte d’épargne n’est là, selon moi, que pour protéger l’argent, pas pour le faire fructifier. Il s’agit d’un bon endroit pour déposer un fonds d’urgence, par exemple.

Si une personne veut des rendements élevés, elle pourrait placer son argent dans des actions, des obligations ou des fonds communs de placement. Certes, ces placements sont plus risqués, mais le gouvernement canadien a créé le CELI et le REER, qui apportent des avantages fiscaux assez intéressants et qui viennent équilibrer le tout légèrement. Le potentiel de rendement des comptes d’épargne n’est pas suffisant pour atteindre une retraite de rêve.

3- Le choix de mots, élément trompeur de prédilection

Dans l’image ci-dessus, la société inscrit qu’elle offre un taux sur un plateau d’argent. La banque vous propose donc un cadeau, et sur un plateau, c’est encore plus prestigieux! Yay, un cadeau!

Non! Et je le dis encore et encore : les banques ne font JAMAIS de cadeaux sans avoir d’intérêt pécuniaire en arrière. Bon, je l’admets : les banques ne sont pas toutes remplies de mauvaises intentions, et ce ne sont pas tous les employés d’une banque qui sont des requins. Je veux néanmoins mettre en garde contre ces pratiques.

4- L’image, atout pour vous faire rêver, mais à quel prix?

Vous ne le voyez pas dans cette publicité, mais si vous cliquez sur le lien qu’elle contient, vous tomberez sur un texte orné de l’image d’une fille qui profite d’un « week-end de ski ». La banque ajoute même : « Objectif : Week-end de ski et d’après-ski ». Et elle s’empresse de dire que c’est possible grâce à ce supposé cadeau.

C’est une belle image! Je veux partir en ski! Mais quel est le lien entre le compte d’épargne et un week-end à Mont-Tremblant? Allons-nous réellement économiser suffisamment avec notre compte d’épargne pour nous permettre une telle sortie? J’en doute… à moins d’avoir un gros montant à placer, qui devrait plutôt être investi dans un autre type de produit.

5- Le client malavisé aura une surprise dans 6 mois, s’il s’en rend compte

Malheureusement, nous avons tendance à présumer de la bonne foi des gens, surtout lorsque nous ne connaissons pas un produit. Les banques le savent. Pour le consommateur moyen, le manque de connaissances rudimentaires en finance est un point vulnérable quand il est temps de parler avec un conseiller bancaire.

Imaginez : le client se présente à l’institution pour profiter de cette promotion. Il est probable que le conseiller qu’il rencontrera est au courant des lacunes que je mentionne, mais il a des quotas de vente à respecter. Si le client accepte l’offre, le conseiller aura peut-être un bonus. Il remplit la demande d’ouverture de compte et demande au client de signer le contrat. Il se peut même qu’il n’encourage pas le client à lire les petits caractères ou encore, que le client se sente pressé de les lire pour éviter un silence malaisant. Le conseiller peut même montrer des signes d’impatience.

Six mois plus tard, le taux change, mais le client ne surveille pas ses relevés. Et cette situation peut se poursuivre pendant plusieurs années avant que le client se rende compte que son placement est à un taux en dessous de l’inflation. Pendant ce temps, l’épargne pour la retraite ne s’accumule pas : elle s’amenuise.

Le mot de la fin

Je veux conclure ce billet sur mes trucs personnels pour juger d’une promotion et éviter qu’une banque vous séduise par de fausses promesses :

  • Se méfier lorsqu’une offre a l’air trop belle pour être vraie;
  • Passer au suivant lorsque votre instinct vous dit que quelque chose ne tourne pas rond (il ne se trompe que rarement);
  • Se méfier si un vendeur ou un conseiller vous dit que vous ne trouverez pas meilleure offre ailleurs (je pense même que vous devriez fuir);
  • Demander à un professionnel indépendant ou à une autre personne qui connaît le domaine ce qu’il pense du produit;
  • Prendre le temps de connaître le produit vendu et ses avantages, peu importe la promotion (Google est essentiel);
  • Réfléchir aux objectifs financiers auxquels l’offre répondra et penser aux produits qui pourraient mieux convenir;
  • Lire les modalités de l’offre (oui, c’est plate de lire les petits caractères, mais ils ne sont pas teintés d’images de rêve et de formulations trompeuses);
  • Poser des questions et analyser les réponses(le conseiller donne-t-il des réponses louches ou montre-t-il des signes d’impatience?);
  • Ne rien signer tant que vous ne comprenez pas suffisamment le produit.

Enfin, je me garde toujours une sortie « Thank you, but fuck you » (merci, mais allez vous faire foutre). Je me permets cette pensée grossière, car elle traduit bien le sentiment que nous ressentons quand nous sommes sur le point de nous faire avoir. Désolé si j’ai choqué vos mœurs. Et ici, je ne parle pas de couvrir le conseiller d’insultes ni de déchirer le contrat dans sa face! (Mais si vous le faites, je salue l’audace!)

C’est arrivé que je me laisse envoûter jusqu’à la signature, mais qu’un élément qui m’a été caché surgisse. Tant que rien n’est signé, je me réserve le droit de me lever et de dire : « Désolé, avec les nouvelles informations que j’ai reçues, l’offre ne me convient plus. Merci, mais j’arrête tout. » Ensuite, je prends la porte et ne remets plus jamais les pieds à cet endroit.

Le point à retenir est que le marketing a pour but très légitime d’attirer des clients, mais que c’est la façon d’y arriver qui est parfois trompeuse et dommageable. Pour vos finances personnelles, je suis d’avis qu’un professionnel de confiance qui prend le temps de bien vous connaître demeure la personne tout indiquée pour vous aider à y voir clair dans tout ce marketing de bas étage.

C’est à votre tour

Avez-vous déjà été aux prises avec une publicité qui ne s’avérait pas tout à fait juste? Quelles stratégies de marketing trouvez-vous trompeuses ou, au contraire, judicieuses? N’hésitez pas à me laisser un commentaire pour poursuivre la conversation!

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